Archives pour la catégorie Poésie

Et la mer et l’amour

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Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau,
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes

(Pierre de Marbeuf -1596 /1645)

La mort

Le fil n’est pas coupé.
La mort n’est rien. Je suis simplement passé
Dans la pièce à côté.
Je suis moi, vous êtes vous.
Ce que nous étions les uns pour les autres,
Nous le sommes toujours.
Donnez-moi le nom que vous m’avez toujours donné.
Parlez-moi comme vous l’avez toujours fait,
N’employez pas de ton différent
Ne prenez pas un ton solennel et triste.
Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble
Priez, souriez, pensez à moi.
Que mon nom soit prononcé comme il a toujours été.
Sans emphase d’aucune sorte, sans trace d’ombre
La vie signifie tout ce qu’elle a toujours signifié
Elle est ce qu’elle a toujours été.
Pourquoi serais- je hors de votre pensée
Simplement parce que je suis hors de votre vue ?
Je vous attends. Je ne suis pas loin
Juste de l’autre côté du chemin
Vous voyez, tout est bien

(Charles PÉGUY)

La fatigue

Vous me dites, Monsieur, que j’ai mauvaise mine
Qu’avec cette vie qu’ je mène je me ruine
Que l’on ne gagne rien à trop se prodiguer.
Vous me dites enfin que je suis fatigué

Oui je suis fatigué, Monsieur, mais je m’en flatte
J’ai tout de fatigué, le cœur, la voix, la rate
Je m’endors épuisé je me réveille las
Mais grâce à Dieu, Monsieur, je ne m’en soucie pas

Et quand j’m'en soucie, je me ridiculise
La fatigue souvent n’est qu’une vantardise
On n’est jamais aussi fatigué qu’on le croit
Et quand cela serait, n’en a-t-on pas le droit ?

(suite…)

La Liberté – Gibran Khali

Vous serez vraiment libres non pas lorsque vos jours seront sans soucis et vos nuits sans désir ni peine, 

Mais plutôt lorsque votre vie sera enrobée de toutes ces choses 

et que vous vous élèverez au-dessus d’elles, nus et sans entraves. 

Et comment vous élèverez-vous au-dessus de vos jours et de vos nuits sinon en brisant les chaînes qu’à l’aube de votre intelligence vous avez nouées autour de votre heure de midi ? 

En vérité, ce que vous appelez liberté est la plus solide de ces chaînes, même si ses maillons brillent au soleil et vous aveuglent.

Et qu’est-ce sinon des fragments de votre propre moi que vous voudriez écarter pour devenir libres ?

Si c’est une loi injuste que vous voulez abolir, cette loi a été écrite de votre propre main sur votre propre front. 

Vous ne pourrez pas l’effacer en brûlant vos livres de lois ni en lavant les fronts de vos juges, quand bien même vous y déverseriez la mer. 

Et si c’est un despote que vous voulez détrôner, veillez d’abord à ce que son trône érigé en vous soit détruit.

Car comment le tyran pourrait-il dominer l’homme libre et fier si dans sa liberté ne se trouvait une tyrannie et dans sa fierté, un déshonneur ? 

Et si c’est une inquiétude dont vous voulez vous délivrer, cette inquiétude a été choisie par vous plutôt qu’imposée à vous. 

Et si c’est une crainte que vous voulez dissiper, le siège de cette crainte est dans votre coeur, et non pas dans la main que vous craignez. 

En vérité, toutes ces choses se meuvent en votre être dans une perpétuelle et demi-étreinte, ce que vous craignez et ce que vous désirez, ce qui vous répugne et ce que vous aimez, ce que vous recherchez et ce que vous voudriez fuir.

Ces choses se meuvent en vous comme des lumières et des ombres attachées deux à deux.

Et quand une ombre faiblit et disparaît, la lumière qui subsiste devient l’ombre d’une autre lumière. 

Ainsi en est-il de votre liberté qui, quand elle perd ses chaînes, devient elle-même les chaînes d’une liberté plus grande encore.

(Gibran Khalil)

Le mot et la chose

Madame quel est votre mot Et sur le mot et sur la chose
On vous a dit souvent le mot On vous a fait souvent la chose
Ainsi de la chose et du mot Vous pouvez dire quelque chose
Et je gagerais que le mot Vous plaît beaucoup moins que la chose
Pour moi voici quel est mon mot Et sur le mot et sur la chose
J’avouerai que j’aime le mot J’avouerai que j’aime la chose
Mais c’est la chose avec le mot Mais c’est le mot avec la chose
Autrement la chose et le mot A mes yeux seraient peu de chose
Je crois même en faveur du mot Pouvoir ajouter quelque chose
Une chose qui donne au mot Tout l’avantage sur la chose
C’est qu’on peut dire encore le mot Alors qu’on ne fait plus la chose
Et pour peu que vaille le mot Mon Dieu c’est toujours quelque chose
De là je conclus que le mot Doit être mis avant la chose
Qu’il ne faut ajouter au mot Qu’autant que l’on peut quelque chose
Et que pour le jour où le mot Viendra seul hélas sans la chose
Il faut se réserver le mot Pour se consoler de la chose
Pour vous je crois qu’avec le mot Vous voyez toujours autre chose
Vous dites si gaiement le mot Vous méritez si bien la chose
Que pour vous la chose et le mot Doivent être la même chose
Et vous n’avez pas dit le mot Qu’on est déjà prêt à la chose
Mais quand je vous dis que le mot Doit être mis avant la chose
Vous devez me croire à ce mot Bien peu connaisseur en la chose
Et bien voici mon dernier mot Et sur le mot et sur la chose
Madame passez-moi le mot Et je vous passerai la chose

(Abbé de LATTAIGNANT)

Confettis d’étoiles

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A Nous

Des confettis d’étoiles 

Restant

Au fond des nos yeux

Par cette matinée sans voile

Rien que nous deux 

Et l’aube se renouvelant

Tes yeux de bleu ciel

Mes yeux de vert

Un arc-en-ciel, de la lumière

Nous avançons 

A l’unisson Cœurs palpitants 

Soif d’être 

Maîtres

De notre vie au fil des ans 

Peut-être… 

(suite…)

Sidi Bou SaPid, Sidi Bou…

Raoul Journo : http://www.radiotunis.com/ram/raoul1.ram

 Sidi Bou 1  – Sidi Bou 2Sidi Bou 3

13 ans en arrière, 13 ans déjà ! Que le temps passe vite… ! Il gambade, sur les pointes des pieds, voleur de notre présent pour l’entasser sur son butin pris de notre passé et le tout au détriment de notre avenir qu’il guète sans arrêt.
 
Des fois, on le croit traînant, suspendu… Foutaise ! Il est tout simplement tapi là, entrain de rigoler de nos impatiences, sadique qu’il est.
 
Des fois, on craint son accélération, on tente alors de le ralentir…Dérision ! Telle une rivière, il file en rigolant à travers notre dérisoir tamis utilisé pour l’obliger à décélérer, à s’arrêter…vanité !

13 ans en arrière, la pleine jeunesse et un séjour prolongé et inoubliable à Sidi Bou Saïd, Un village qui est situé à quelques kilomètres de Tunis et très prisé par la bourgeoisie tunisienne et les artistes nationaux et internationaux.
 Je ne faisais partie ni des uns ni des autres. Clin doeil

J’étais déjà un simple citoyen du monde, un simple citoyen qui voyageait aux sillons de son père et qui venait là, dans ce havre de paix, chercher un peu de fraîcheur, les jours de canicule.Sidi Bou Saïd, un petit Saint Tropez perché sur une falaise, dominant Carthage et le Golf de Tunis et qui offre une vue superbement impressionnante.

Blanc éclatant, bleu méditerranéen, ruelles envoûtantes, Hibiscus, tamaris et portes
cloutées, fermées…sur mille et un secrets… et l’odeur de jasmin enivrant.

Je me revois sur la terrasse du fameux « Café des Nattes », juste en face de deux cornes d’ »Abou Karnein », un café turc « Jezwa », un verre d’eau, parfois un « Chicha », un petit bouquet de jasmin fraîchement cueilli et des rires timides et innocents tout autour.
 
Des sourires et des rires qui percent le chuchotements ou les grosses voix d’une jeunesse heureuse.
Timidité ou retenu ou les deux semblaient de mise entre les filles et les garçons.

C’était le beau temps qui filait doucement…

13 années sont déjà passées… et ces rires raisonnent encore comme si c’était hier…

sidibou.jpg

SIDI BOU
 
Cœur affolé,
En souffrance.
Ailes déployées,
Déjà en partance.
Enivré par ce parfum
Prodigue, vagabond,
De ces fleurs de jasmin,
Jasmin du délire,
Calmes, fières, et déroutantes
Qui dévoient mes songes 
Coursiers de mes désirs
Qui disjonctent.

(suite…)

Réveil – Théodore Agrippa d’ AUBIGNÉ

Arrière de moi vains mensonges,
Veillants et agréables songes,
Laissez-moi, que je dorme en paix :
Car bien que vous soyez frivoles,
C’est de vous qu’on vient aux paroles,
Et des paroles aux effets.

Voyez au jardin les pensées
De trois violets nuancées,
Du fond rayonne un beau soleil :
Voilà bien des miennes l’image,
Sans odeur, sans fruit, sans usage,
Et ne plaisent qu’un jour à l’oeil ;

Ce n’est qu’Amour en l’apparence,
Ce n’est qu’une verte espérance,
Que rayons et vives clartés :
Mais cette espérance est trop vaine,
Ce plaisir ne produit que peine,
Et ses rayons obscurités.

Mes désirs s’envolent sans cesse
De la fureur à la finesse,
Le milieu est des coeurs bénins :
On peint la Chimère de même,
On lui donne à ses deux extrêmes
Ou les lions, ou les venins.

Ce qui se digère par l’homme
Se fait puant ; voyez-vous comme
C’est un dangereux animal,
Changeant le bien en son contraire :
Car ce qui est vain à bien faire,
Ne l’est pas à faire du mal.

Théodore Agrippa d’ AUBIGNÉ

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