Archives pour la catégorie Coups de coeur

Et la mer et l’amour

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Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau,
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes

(Pierre de Marbeuf -1596 /1645)

La Liberté – Gibran Khali

Vous serez vraiment libres non pas lorsque vos jours seront sans soucis et vos nuits sans désir ni peine, 

Mais plutôt lorsque votre vie sera enrobée de toutes ces choses 

et que vous vous élèverez au-dessus d’elles, nus et sans entraves. 

Et comment vous élèverez-vous au-dessus de vos jours et de vos nuits sinon en brisant les chaînes qu’à l’aube de votre intelligence vous avez nouées autour de votre heure de midi ? 

En vérité, ce que vous appelez liberté est la plus solide de ces chaînes, même si ses maillons brillent au soleil et vous aveuglent.

Et qu’est-ce sinon des fragments de votre propre moi que vous voudriez écarter pour devenir libres ?

Si c’est une loi injuste que vous voulez abolir, cette loi a été écrite de votre propre main sur votre propre front. 

Vous ne pourrez pas l’effacer en brûlant vos livres de lois ni en lavant les fronts de vos juges, quand bien même vous y déverseriez la mer. 

Et si c’est un despote que vous voulez détrôner, veillez d’abord à ce que son trône érigé en vous soit détruit.

Car comment le tyran pourrait-il dominer l’homme libre et fier si dans sa liberté ne se trouvait une tyrannie et dans sa fierté, un déshonneur ? 

Et si c’est une inquiétude dont vous voulez vous délivrer, cette inquiétude a été choisie par vous plutôt qu’imposée à vous. 

Et si c’est une crainte que vous voulez dissiper, le siège de cette crainte est dans votre coeur, et non pas dans la main que vous craignez. 

En vérité, toutes ces choses se meuvent en votre être dans une perpétuelle et demi-étreinte, ce que vous craignez et ce que vous désirez, ce qui vous répugne et ce que vous aimez, ce que vous recherchez et ce que vous voudriez fuir.

Ces choses se meuvent en vous comme des lumières et des ombres attachées deux à deux.

Et quand une ombre faiblit et disparaît, la lumière qui subsiste devient l’ombre d’une autre lumière. 

Ainsi en est-il de votre liberté qui, quand elle perd ses chaînes, devient elle-même les chaînes d’une liberté plus grande encore.

(Gibran Khalil)

Réveil – Théodore Agrippa d’ AUBIGNÉ

Arrière de moi vains mensonges,
Veillants et agréables songes,
Laissez-moi, que je dorme en paix :
Car bien que vous soyez frivoles,
C’est de vous qu’on vient aux paroles,
Et des paroles aux effets.

Voyez au jardin les pensées
De trois violets nuancées,
Du fond rayonne un beau soleil :
Voilà bien des miennes l’image,
Sans odeur, sans fruit, sans usage,
Et ne plaisent qu’un jour à l’oeil ;

Ce n’est qu’Amour en l’apparence,
Ce n’est qu’une verte espérance,
Que rayons et vives clartés :
Mais cette espérance est trop vaine,
Ce plaisir ne produit que peine,
Et ses rayons obscurités.

Mes désirs s’envolent sans cesse
De la fureur à la finesse,
Le milieu est des coeurs bénins :
On peint la Chimère de même,
On lui donne à ses deux extrêmes
Ou les lions, ou les venins.

Ce qui se digère par l’homme
Se fait puant ; voyez-vous comme
C’est un dangereux animal,
Changeant le bien en son contraire :
Car ce qui est vain à bien faire,
Ne l’est pas à faire du mal.

Théodore Agrippa d’ AUBIGNÉ

Il faut boire le vin – Amre Younes

Il faut être l’esclave d’un roi qui n’est jamais détrôné,
s’attacher à un seuil d’où l’on ne peut pas être chassé.
Il faut être colombe et s’envoler, sans aller quelque part.
Il faut boire d’un vin dont l’ivresse ne se dissipe jamais.
Il faut être nageur excellent.
Il faut, plongeant dans une mer, en ramener une perle inconnue.
Il faut entrer dans un jardin et s’y promener.
Il faut respirer le parfum d’une rose jamais fanée.
Il faut que chaque homme, s’embrasant au feu d’amour,
ne se brûle qu’à lui, rejoigne son aimé.

Amre Younous

ANNABEL LEE – Edgar Allan Poe

ANNABEL LEE

C’était il y a longtemps, très longtemps,
Dans un royaume au bord de l’océan,
y vivait une vierge que vous pourriez connaître
Du nom d’Annabel Lee;
Cette vierge vivait sans autre pensée
Que de m’aimer et d’être mon aimée.

Elle était une enfant et j’étais un enfant,
Dans ce royaume au bord de l’océan,
Mais nous aimions d’un amour
qui était plus que de l’amour
Moi et mon Annabel Lee,
D’un amour tel que les séraphins du Ciel
Nous jalousaient elle et moi.

Et c’est pourquoi, il y a longtemps,
Dans ce royaume au bord de l’océan,
Les vents firent éclater un nuage et glacèrent
Ma toute belle Annabel Lee ;
Si bien que ses nobles parents sont venus
Et l’ont emportée loin de moi
Pour l’enfermer dans un tombeau
Dans ce royaume au bord de l’océan.

Les anges, loin d’être aussi heureux que nous au Ciel,
Nous envièrent elle et moi :
Oui ! C’est pour cela (comme chacun le sait
Dans ce royaume au bord de l’océan)
Qu’une nuit le vent surgit d’un nuage
Et glaça, et tua mon Annabel Lee.

Mais notre amour était beaucoup plus fort que l’amour
De nos aînés, de bien des personnes
Beaucoup plus sages que nous,
Et jamais les anges du Ciel là-haut
Ni les démons au fin fond de l’océan
Ne pourront séparer mon âme de l’âme
De ma toute belle Annabel Lee.

Car la lune ne luit jamais, sans qu’elle me porte
Des rêves d’Annabel Lee, la toute belle,
Et les étoiles ne se lèvent jamais, sans que je sente
Les yeux vifs d’Annabel Lee, ma toute belle,
Ainsi, aux rives de la nuit, je me couche à côté
De ma chérie! Ma chérie, ma vie, ma promise,
Dans son tombeau, là, au bord de l’océan,
Dans sa tombe, à côté de l’océan.

Edgar Allan Poe

Gibran Khalil – Les enfants

Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit: 
Parlez-nous des Enfants.
Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie;
Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.

Poème – Fernando Pessoa

Je ne suis rien
Jamais je ne serai rien.
Je ne puis vouloir être rien.
Cela dit, je porte en moi tous les rêves du monde.

Fenêtres de ma chambre,
de ma chambre dans la fourmilière humaine unité ignorée
(et si l’on savait ce qu’elle est, que saurait-on de plus ?),
vous donnez sur le mystère d’une rue au va-et-vient continuel,
sur une rue inaccessible à toutes les pensées,
réelle, impossiblement réelle, précise, inconnaissablement précise,
avec le mystère des choses enfoui sous les pierres et les êtres,
avec la mort qui parsème les murs de moisissure et de cheveux blancs les humains,
avec le destin qui conduit la guimbarde de tout sur la route de rien.

Fernando Pessoa

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