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Collier de perles.

fondetoiles.png   Incrédule, je regarde désespérément le fil que je tiens entre mes mains tendues, le fil de ma vie. Il est tout nu ! Pourquoi est-il si nu ? Est-ce normal qu’il soit ainsi ?

Je lève la tête pour regarder le ciel et l’interroger… Oh là ! Etrange ! Le ciel n’est pas comme d’habitude! Il est plus profond, plus ouvert et on dirait qu’on lui a enlevé son couvercle ! Qui a pu enlever le couvercle du ciel ?

Mais faites donc attention ! Les instants de nos vie vont s’évaporer ou risquent de s’échapper, le savez-vous, le sait-il ?

Le spectacle est beau, sublime! Une myriade de bulles y voltige. On dirait des perles scintillantes, il y en a des millions, des milliards…de toutes les grosseurs, de toutes les couleurs, toutes irisées et resplendissantes !

 - N’ai pas peur pour le ciel, c’est moi qui a enlevé le couvercle, chuchota une voix !

Une voix étrangement douce, penetrante comme venu de tout part et de nulle part !

 - Je l’enlève chaque soir pour ceux qui sont en « quête » et qui veulent avoir leur « collier »,
je le remets  à chaque aube venu, continua l’étrange et douce voix avec une pointe d’ironie.

Je regarde autour de moi et tout au long du parcours de ma vie, je ne vois personne, il n’y a personne d’autre que moi, là et sur ma route ! D’où vient donc cette voix ? Entre peur et curiosité, regardant dans tous les sens, je balbutie une question :

 - Qui êtes-vous, Voix ? Quelles sont jolies ces perles !  Sont-elles vraies ?

La « Voix » me répondit comme si elle s’attendait à cette question :

 - Helas, je ne peux satisfaire votre première question…Oui, elles sont plus que vraies. Il y a les vôtres aussi…les vôtre…

Ah bon, j’ai des perles à moi maintenant ?! Voyons donc ?! Est-ce une plaisanterie ? Où sont-elles, je n’en vois point et puis comment savez-vous qu’elles sont les miennes ?!

Toujours douce et vibrante, la voix continua :

- Je sais que ce sont les vôtres, je le sais…c’est tout ! Elles sont là.. là…et puis là…Les blanches irisées de bleu, tu les vois ? Il y a encore là…et là, plus loin…là, tout prêt… !

Surpris, intrigué et un peu sceptique, je cherche mes perles, les perles de ma vie ! Stupéfié par le néant que je découvre, je continue à fouiller minutieusement cet étendu d’opacité, j’en aperçois enfin quelques unes, deux ou trois puis quatre…cinq…

- »Voix », je les vois, oui, là et là…là aussi ! Pouvez-vous m’aider à les récolter, s’il vous plait ? J’en ai besoin, voyez comme mon fil est lamentablement vide et je souhaite avoir un collier. S’il vous plait !

La réponse fut rapide, cinglante !…Je suis persuadé, maintenant, que la voix connaissait d’avance mes questions :

-Non, j’en suis désolée…C’est votre quête personnelle, je ne peux que vous les montrer et vous indiquer leur couleur. En plus, je ne peux le faire qu’une seule fois. Vous seul, vous pouvez les attraper, vous savez maintenant lesquelles sont les vôtres…alors, essayez de les attraper et …soyez patient !

La « Voix » s’évanouisse petit à petit, laissant derrière elle résonner l’écho : « Soyez patient…soyez… patient…soyez…

Une de mes perles me semble proche. Elle semble s’approcher en tournoyant à rotations d’un temps lent et mesuré. Je la regarder fasciné et émerveillé sans bouger. Une jolie perle blanche, irisée de bleu azur, emplie
de bouquets de sourires qui continue à s’approcher lentement…lentement.

Je tends ma main, doucement pour ne pas l’effaroucher. Je forme avec le creux de ma main un écueil que je tends doucement pour lui permettre de s’y poser. Je me hisse tant que je peux sur mes pieds, sur les pointes de mes orteils…Ma perle commence à perdre de son éclat, vacille, devient translucide et s’évapora comme érodée par l’attente ou agacée par ma la lenteur. Je la distingue qu’à peine et dans cette brume incertaine, je n’aperçois plus les autres…Je ne sais pas comment faire…La « Voix » m’a dit d’être patient, je le serais…Ce tout ce qui me reste à faire, de toute façon.

Déçu mais pas découragé, je serre mon fil tout nu et je me laisse tomber à genoux…Le jour va bientôt se lever…Je suis las mais tout excité, je regarde le ciel qui redevient peu à peu comme avant au fur et à mesure que l’aube se pointe…et que la couvercle se remet…lentement.

Je ne vais pas laisser mes perles vagabonder dans cette immensité. Elles risquent de s’y perdre…Je risque de ne plus les reconnaître… ! Alors, je recommencerai ma quête la nuit prochaine, la nuit d’après et celle d’après…

Peut-être qu’une de ces nuits, j’arriverai à en attraper celles que j’ai vue et d’autres aussi, plusieurs même et d’un seul coup…Je les enfilerai à mon fil, avec hâte mais délicatement, j’en ferais un superbe collier et avec fierté mais humblement, je dirais alors :

 - Mon fil n’est plus nu, j’ai mon collier donc je suis et si je suis c’est parce que j’étais…Le serais-je? !

Je m’en parerai en toute modestie et je dirais à tous ceux qui je connais et ceux que je ne connais pas encore, à tous ceux qui m’ont souri et même à ceux qui ne m’ont pas souri, à ceux qui me souriront et aussi à ceux qui ne me souriront jamais :

- Chercher  vos perles, chacun en a. Allez y, guetter le ciel et quand la « Voix » enlèvera le couvercle, demandez lui de vous montrer les vôtres et attrapez-les. Regardez les miennes comme elles sont belles…Allez-y, allez-y…Ne laissez pas passer votre chance d’être …humain…
 
 C’est à la portée de vos mains, ne laissez pas le fil de votre vie tout nu…la vie est précaire, nous ne sommes que passagers. Notre collier nous est nécessaire pour ne pas nous perdre car nous ne savons pas quand nous partirons, même en connus, et nous ne savons pas…Où nous arriverons toujours en étrangers… Et en cours de ces étapes, Notre collier sera alors notre signe de ralliement…

Abasourdi, je regarde avec tristesse, avec amertume et  une certaine mélancolie, le fil de ma vie toujours aussi nu, horriblement nu…Restera-t-il ainsi ? Peut-être pour longtemps encore, peut-être pas…, qui sait ?

Jusqu’à maintenant, je n’ai vu que peu de gens, très peu, qui portent un tel collier…souvent de grosseur moyenne. Ils sont dispersés ici et là, dans la myriade de la « Race Humaine »…
 
Je les ai toujours admirés et je me suis toujours demandé comment ils ont fait, comment ils l’ont eu…Pourtant… portant, ils ont essayé de me le dire, par leurs écrits ou de vive voix… mais…je n’étais pas prêt à les comprendre ou à les écouter…peut-être ?! Ils ont essayé jusqu’à ce que j’entends la « Voix » par moi-même, est-ce le but recherché ?…Est-ce une question de maturité ou simplement une question d’éveil et de curiosité…Une quête dont l’initiation prend des chemins tortueux ?

Maintenant que je le sais et en attendant la nuit prochaine, agenouillé, les mains jointes et levées vers le ciel, le fil de ma vie, encore tout nu, serré à se rompre, je pria la « Voix » avec toutes mes forces :

- « Voix », merci d’avoir remis doucement le couvercle du ciel, il fait jour maintenant ! Remettez-le jusqu’à la nuit prochaine, Laisser-moi  le dire aux autres.

  »Voix », s’il vous plait, s’il vous plait…N’oubliez pas de l’enlever, la nuit prochaine…N’est-ce pas ?! Nous serons nombreux à vous attendre, nous serons nombreux…

Noah

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Le Silence, c’est quoi ?

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- « Qu’est-ce le silence, Maître ? » 

On entend presque résonner les mots sur les vertigineuses façades blanches, ocres et pourpres du Potala !  Une question répétée à intervalle régulier depuis l’aube. Depuis que le Maître et son jeune Disciple arpentent les sentiers abrupts de ces hauts plateaux du Tibet. 

Un voyage long et harassant qui va les conduire jusqu’au temple de Jokhang, le temple des temples, le centre du Tibet, où, au cœur de « Lhasa », repose la paisible statue du Bouddha. 

Le  Maître avance à pas sûrs et mesurés, le Disciple le suit de près, à pas sautillants. Honoré d’être choisi comme compagnon et avide d’apprendre un maximum… 

- « C’est quoi le silence, Maître ? Pourquoi vous ne répondez pas à ma question ? Vous ne le savez pas ? »

Le Maître avance, imperturbable, du moins en apparence. Le temple de Jokhang est encore loin et haut perché. Il reste encore du chemin à faire, le sentier n’est pas sûr et le Disciple s’excite et dépense beaucoup d’énergie inutilement. 

Ils amorcent un tournant. Le sentier devient plus étroit sur ce bout de  corniche. Tout en bas, on distinguer à peine les nomades qui surveillent leur troupeau de yaks. Un jeune genévrier, solidement ancré entre deux rochers.

Le Maître se mobilisa, le Disciple aussi, avec un air enjoué, respectueux mais visiblement impatient. 

- « Alors, Maître, c’est quoi exactement la signification du mot silence ? » 

Le  Maître se retourna, fixa le Disciple :  - « Tu as l’air solide et aguerri à l’escapade, n’est-ce pas ? » 

- «  Oh oui, Maître ! Voulez-vous que je prenne votre sacoche ? Voulez-vous que je vous aide à grimper ? » … « Puisque nous sommes arrêtés, Maître, pouvez-vous répondre à ma question ? » 

- « Tu vois ce genévrier ? Pose ta sacoche et accroche-toi à cette branche qui surplomb le plateau. » 

- «  Je peux le faire Maître, je vais le faire mais…et ma question ? » 

Le Disciple se débarrassa de sa sacoche, avança jusqu’au bord de la corniche, attrapa solidement la branche de genévrier et se suspendit aisément mais solidement au bout. 

- « Voilà Maître ! » 

- « Bien, bien, bravo ! Peux-tu avancer encore un peu ? Juste un peu…Voilà, c’est bon ! »… « Maintenant, peux-tu te suspendre à cette branche avec ta bouche seulement, rien qu’avec tes mâchoires, et ensuite lâcher tes deux mains ? » 

- « Bien sûr Maître ! Je l’ai déjà fait plusieurs fois, j’ai même gagné des paris ! Je vais le faire… mais avant…, je vais que vous répondiez à ma question, Maître, s’il vous plaît ! » 

 - « Un peu de patience, fais ce que je te demande et on verra après. » 

Le Disciple s’exécuta avec une agilité surprenante, il prit une profonde respiration et mordit solidement la branche avant de lâcher complètement ses bras qu’il garda tout prêts… 

Sous lui, tout en bas, les yaks continuent de brouter paisiblement…Aucun n’a levé la tête…On entend presque le silence se balancer… 

- « Vous voulez que je vous réponde à une question ? D’accord ! C’était quoi comme question ?…Pouvez-vous me la répéter ? »… 

Un silence …un furtif grincement de la branche du genévrier…Aucune réponse…Plus de question…!! 

…Le visage tout rouge d’effort et de humilité avec un soupçon de…honte surtout, le Disciple attrapa la branche avec ses mains, se hissa promptement jusqu’à la corniche, remit sa sacoche en bandoulière et attendit humblement que le  Maître se remette en marche.   

Le reste du chemin fut fait en silence jusqu’à ce qu’il se fondent, tous les deux, dans cette foule grouillante et bavarde qui prie ses dieux, négocie son ciel, essaie de survivre d’une poignée de farine d’orge, d’un morceau de beurre de yak… et d’espoir…en flânant entre les étales remplis de bréloques « Made in China »… 

Des pèlerins aux visages illuminés de dévotion.  Plus loin, quelques vieilles femmes alimentent en genévrier les fours à fumigations qui ceinturent le temple et la lumière vacillante du soir en profite pour tisser, dans les volutes de fumée odorante, un voile d’irréalité…presque silencieux… 

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« Le silence est une des formes les plus perfectionnées de l’art de la conversation. »             

             Noah Norman (Fiction sur le « Silence ») 

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« …Tandis que les vautours (les conquérants, les guerriers) s’égorgeaient, les vers à soie filaient pour nous dans le silence; nous jouissons de leur travail sans les connaître, et nous ne savons que l’histoire des vautours. (« Mélanges »  J. Le Rond d’Alembert)

La paix : Une solution nouvelle à un vieux problème…

Avertissement :

Prendre une amande, sur un amandier, sur le chemin d’un parcours,  pour la décortiquer et la déguster ne nous oblige guère à se prosterner, indéfiniment, spécifiquement et à chaque passage, devant cet amandier. Si l’amande est bonne, nous pouvons en cueillir d’autres, sur le même arbre ou non, tout au long de ce chemin en évitant celles amères ou issues d’amandiers véreux. L’essentiel c’est de garder le chemin, le chemin que nous appellerons « Chemin de la laïcité ». 

L’attachement à ce chemin pour ne pas le perdre, prévaut sur l’attachement au premier amandier qui nous séduit car ce chemin constitue l’une des plus solides voix qui nous permet d’appréhender lucidement notre propre nourriture en dehors de toute doctrine ou  toute politique publique et privée, en dehors de toutes les situations et de tous les enjeux…à l’heure des moralismes réducteurs et des dichotomies mortifères…

A consommer avec modération… (Merci Milla)

Partage

Grace à « Citronette » qui a eu la gentillesse de m’envoyer ce lien, j’ai pensé le partager avec vous :

MAHARAJI

 Choisissez votre langue et en fonction de votre patience ou de votre disponibilité, choisissez la durée du message, guère plus qu’une, deux ou trois minutes…Et si possible, faites-le circuler. 

**********

Encore un lien de la part de Citronette  que je souhaite partager avec : Il s’agit d’un message du Mahradji Prem Rawat dont le Site est ci-après : 

message

« Mon  message est simple. L’existence est simple, la plénitude est simple. La paix est simple. Nous en sommes emplis. Peu importe l’obscurité qui nous entoure. Nous portons en nous la clarté, en permanence. »  

Un message si claire et si simple qu’i est difficile de passer à coté sans le voir. Prenez quelques petites minutes de votre temps et découvrez-le.

Merci Citronette. 

J’arrive où je suis étranger

 camus.jpg

« Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger »

 

Etrangement ou d’une façon étrange, ce premier couplet  de Jean Ferrat qui chante le poème de Louis Aragon, a réussi à faire remonter des tas de pensées et de souvenirs éparpillés au plus profond d’un endroit poussiéreux…

Souvenirs de tous ces voyages faits, par consentement ou par la force des choses, dans le sillage d’un père au travail nomade.

Pensée pour ces facettes d’une destinée si riche et si pauvre, en même temps, par ce qu’elles avaient amené et par ce qu’elle avaient enlevé dans un laps donné d’une existence.

Souvenirs de tous ces peuples visités, tous ces gens rencontrés, croisés, connus estimés, aimés puis délaissés…regrettés…

Souvenirs de tous ces fragments, de cultures diverses et diversifiées, appris, entretenus, conservés puis, petit à petit, enfouis et oubliés…

Pensée pour une lutte incessante afin de ne pas tomber dans l’indifférence, l’insensibilité et l’oubli de tous ces pays qui étaient toujours différents des clichés véhiculés pour des stupides raisons car ils étaient toujours plus qu’accueillants…

Pensée pour tous ces déracinés qui souffrent, tous ces expatriés qui expirent de nostalgie, tous ces étrangers dans leur propre société… et même tous ceux qui sont en eux mêmes étrangers…

Curieusement, Albert Camus fait aussi surface. Est-ce en relation avec « L’Etranger », avec tout ceci ou avec une simple question posée au bon moment ?

Albert Camus, cet humaniste intransigeant, fait parti de repères favoris, et comme disait  Eugène Ionesco, qu’on ne peut que humblement citer, dans ses « Notes et Contre-Notes »:

« Je pense à Camus : j’ai à peine connu Camus. Je lui ai parlé une fois, deux fois. Pourtant, sa mort laisse en moi un vide énorme. Nous avions tellement besoin de ce juste. Il était, tout naturellement, dans la vérité. Il ne se laissait pas prendre par le courant; il n’était pas une girouette; il pouvait être un point de repère. »

Dés les premières lectures, Camus a commencé à lacérer l’existence d’un errant citoyen du monde en
y provoquant un dilemme insoutenable de dualité âprement combattue. Depuis et jusqu’aujourd’hui, la lutte continue pour trouver l’équilibre entre Meursault, le modeste employé de bureau dans « L’Etranger »… et… Clamence, l’avocat parisien se disant Juge – Pénitent dans « La Chute »…

La quête n’est pas finie mais l’espoir existe et donc je continue…Et comme écrivait Camus :

« On vit avec quelques idées familières. Deux ou trois. Au hasard des mondes et des hommes rencontrés, on les polit, on les transforme. Il faut dix ans pour avoir une idée bien à soi – dont on puisse parler. » (Noces)…

ou

« Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l’ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté, si elle n’est pas éclairée. » (La Peste)…

                                                                                                                                                                   Noah

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